Abstract
RÉFLEXIONS DU XVIIIe SIÈCLE SUR «L'ABUS DES MOTS» La réflexion d'U. Domergue en 1791 sur «l'abus des mots qui nous trompe sur les choses» résume un important aspect des discussions du XVIIIe siècle sur le rôle du langage dans la formation et la propagation des idées, dans le domaine politique et social notamment. Le débat est, bien sûr, ancien. Mais, surtout après la traduction française intégrale (1700) de l'Essai sur l'entendement humain de Locke, il se répand au point de devenir une véritable mode. Condillac, Montesquieu, d'Alembert, Helvétius, Diderot, Mably, y participent. Mais c'est Rousseau qui donne à la problématique sociale et politique de l'abus des mots l'expression la plus éloquente. A la fin du siècle, partisans et adversaires de la Révolution s'accusent mutuellement de falsifier la langue ; Babeuf en arrive à l'idée sociolinguistique que, selon la position sociale des locuteurs, les mots peuvent avoir des significations opposées. Dans le camp contre-révolutionnaire, Morellet, La Harpe et plus tard Bonald entendent freiner le dynamisme de la langue par des définitions de mots imposées d'autorité. On voit ainsi que, tout au long du siècle, le thème linguistique de l'«abus des mots» est le mode d'expression, à travers une critique de la langue, d'une critique de la société.