Abstract
Dans le paysage littéraire contemporain, Imbolo Mbue se distingue par sa capacité à tisser des récits qui résonnent avec les luttes pour la justice et l’autodétermination. Puissions-nous vivre longtemps (2022) son deuxième roman, ne fait pas exception. Cette œuvre explore la résilience d’une communauté, Kosawa, face à l’oppression d’une multinationale pétrolière. Au cœur de cette lutte, la temporalité narrative devient un instrument de pouvoir. Thula, une jeune femme de Kosawa, utilise l’analepse et la prolepse pour reconstruire le passé, contester le présent et imaginer un avenir où sa communauté retrouve sa dignité. Cette étude entreprend une exploration de ces manipulations temporelles, les considérant comme une stratégie délibérée pour arracher l’autorité narrative aux griffes des pouvoirs exploiteurs. Le problème de recherche central réside dans la dissonance entre la temporalité imposée de l’hégémonie corporative et la compréhension indigène et cyclique du temps, un conflit qui se manifeste dans la lutte de la communauté pour articuler sa propre histoire et son avenir. Dès lors, comment les stratégies narratives anachroniques, en particulier l’analepse et la prolepse, déployées dans Puissions-nous vivre longtemps d’Imbolo Mbue, se manifestent-elles en tant qu’instruments de revendication d’une autorité narrative, tout en contestant les structures temporelles imposées par les forces exploratrices ? Les objectifs de cette recherche sont multiples. De façon respective, elle vise à examiner les instances et les fonctions spécifiques de l’analepse et de la prolepse dans l’architecture narrative du roman à l’étude, en élucidant leur rôle dans la construction d’un cadre temporel non linéaire ; à démontrer comment ces perturbations temporelles facilitent l’articulation d’une mémoire collective et la projection des conséquences futures, remettant ainsi en question les récits monolithiques du pouvoir de l’entreprise. La présente recherche emploie l’approche méthodologique fondée sur la narratologie, complétée par les études temporelles postcoloniales et l’analyse critique du discours. À travers un examen méticuleux des disjonctions temporelles du roman, cette étude montrera comment le roman de Mbue perturbe la chronologie normative pour révéler l’impact durable des traumatismes historiques et la prescience de la dévastation écologique. L’analyse prendra en compte deux axes principaux : « déconstruction de l’hégémonie temporelle » et « émergence de voix prophétiques »
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