Abstract
Basé sur une recherche et une enquête menées entre 2012 et 2018 auprès de professionnels du milieu cinématographique (agents, scénaristes, réalisateurs, producteurs, distributeurs, exploitants, techniciens, comédiens), cet article étudie leurs usages d’une rhétorique de crise dans un contexte marqué par l’essor des plateformes comme Netflix, Amazon Prime, etc. Cette rhétorique alerte sur les dangers relatifs à la numérisation de la filière culturelle, dont une large partie des membres du secteur du cinéma français constituant notre population d’enquêtés, estime qu’elle viendrait menacer la diversité culturelle et la place traditionnellement dévolue à la salle de cinéma. La puissance opérée par les géants du numérique sur l’économie et la création du 7e art génère ainsi un sentiment de crise chez les professionnels. Elle s’incarne par un « lobbying affectif » de leur part auprès des acteurs institutionnels afin qu’ils obligent ces nouveaux entrants à se soumettre aux règles du secteur qui garantissent la création et la diversité (taxe, chronologie des médias, etc.).