Abstract
Inspiré par le troisième long métrage de Costa-Gavras (Z, 1969), le syntagme « série Z » est régulièrement employé par une partie de la critique hexagonale tout au long des années 1970 pour désigner une vague de films de fiction à thème ouvertement politique qui fait alors irruption dans le paysage cinématographique français. Si Guy Hennebelle utilise systématiquement cette étiquette aux connotations péjoratives évidentes dans ses écrits de la même période, son évaluation du corpus filmique en question s’avère tout sauf invariable. Cet article vise à interroger la dialectique entre fascination et hostilité, voire entre valorisation et rejet, qui imprègne l’accueil de certains « films commerciaux progressistes » par Hennebelle au prisme de l’intrication complexe de ses partis pris politiques et esthétiques, tels qu’ils se manifestent dans ses articles et livres entre 1974 et 1976. Au terme de cette réflexion se dessinera une hypothèse analytique selon laquelle l’évaluation fluctuante des films de la « série Z » par le critique serait tributaire de la négociation, toujours en cours au milieu des années 1970, de ses positionnements face à trois modèles historiques qui structurent en grande partie sa conception de la réalité politique et culturelle de son époque : Hollywood et l’impérialisme américain, le jdanovisme et le réalisme socialiste en URSS et, enfin, la révolution culturelle prolétarienne lancée en Chine sous Mao Tsé-toung.