Abstract
Le concept de virtuel est l’un des plus fameux de l’œuvre de Gilles Deleuze. C’est aussi l’un de ceux qui entrent le plus fortement en résonance avec notre époque et son flux d’images incessant, à tel point que beaucoup ont cru trouver dans la pensée deleuzienne comme la « philosophie première » de notre postmodernité numérique. Le but de cet article est de montrer qu’il y a là un complet malentendu. Le concept de virtuel est bien central dans l’œuvre de Deleuze, mais bien loin d’être thématisé au contact des images produites et mises en circulation par la télévision, le cinéma, la vidéo ou l’internet, il puise bien plutôt ses sources dans l’histoire de la philosophie (avec Bergson et Leibniz), l’art (avec Proust et Bacon) ou encore l’épistémologie des mathématiques et de la biologie, et engage une seule et unique thèse dont la portée est avant tout ontologique : le virtuel est réel.