Abstract
Limbo de Shehani Fernando, réalisé en 2017, relate les mois d’attente des demandeurs d’asile arrivés en Grande-Bretagne entre leur première prise en charge et le jugement de leurs demandes d’asile. Cette œuvre cinématographique en réalité virtuelle se distingue par une situation d’entre-deux : La narration repose sur une oscillation continue entre l’identification du spectateur et sa mise à distance. Les voix-off l’encouragent à s’identifier aux demandeurs d’asile, à « prêter son corps » et ses perceptions sensorielles à ces derniers. Ces voix intériorisées se confrontent à des sons et voix externes dont le spectateur est convié à prendre ses distances. Néanmoins, la réalité virtuelle entrave simultanément la sensation de présence physique du spectateur dans l’environnement numérique : plutôt que de reproduire la hauteur d’yeux et la démarche d’un corps humain, Limbo le plonge dans le rôle d’un fantôme errant, là et en même temps absent. De plus, la réalité virtuelle suggère une coexistence entre l’expérience et la donnée numérique, voire même l’absence d’images, en employant une image point cloud à la fois matérielle et immatérielle. Ce médium se révèle être un espace insaisissable, nulle part, ni sur l’écran, ni dans le corps du spectateur, un espace entre-deux qui représente tout ce qui n’est pas là.