Abstract
Contrairement à David Rodowick qui, en 2007, interroge la vie virtuelle du film à l’aune des mutations numériques, José-Luis Guerin, dix ans auparavant, ne semble traiter que de l’argentique, dans une fable où, sous prétexte d’enquêter sur la disparition mystérieuse d’un cinéaste amateur à la fin des années vingt – autre bouleversement majeur de l’histoire du cinéma –, il interroge en fait le visible et sa comparution à l’écran depuis l’invention des frères Lumière. Il semble donc opportun avec Guerin de réfléchir à la vie virtuelle du film à partir de la notion de projection, à la suite de travaux récents qui s’en saisissent à nouveaux frais et dans trois directions que le film indique :- les méthodes projectives, dont le test de Rorschach est l’emblème le plus fameux, et les paréidolies qui virtualisent l’image en faisant de l’écran une interface entre l’appareil sensible qu’est la caméra et l’appareil perceptif et psychique qu’est le spectateur ;- la répétition et la différence, dans le sillage des concepts deleuziens ;- la simulation, dans un cadre argentique, de la virtualisation au cœur de l’ère numérique qui, en 1997, a déjà commencé à bouleverser les usages et les textures du film et dont Guerin se fait fort de la provoquer, cette simulation, non par la digitalisation mais par les puissances de la projection même.