Abstract
Les épigrammes de Martial où il est question de sport et de sportifs sont beaucoup moins nombreuses qu’on pourrait le croire. Le corpus comprend majoritairement des épigrammes sur les uenationes, d’autres sur les gladiateurs et sur les cochers, quelques brèves allusions aux pugilistes et boxeurs, aux lanceurs de disque, aux haltérophiles, aux coureurs, aux acrobates et jongleurs. Plusieurs textes traitent de divers jeux de balles pratiqués par les citoyens dans les palestres, jeux qui ont connu une grande popularité. Enfin, Martial mentionne certains sportifs, sans doute des personnages réels.
Dans cet article, la perspective est double : cerner l’image que Martial donne des sportifs et exposer la critique qu’il fait des exercices du gymnase. Toujours soucieux de louer l’empereur, pour le plaisir qu’il donne aux spectateurs et pour sa mansuétude envers les combattants, Martial donne une image acerbe, ironique, franchement dévalorisante des champions de l’arène dont la vénération lui apparaît comme une perversion des valeurs authentiquement romaines. Ceux qui s’adonnent aux exercices physiques ne sont pas mieux considérés. Une attaque particulièrement virulente est celle contre les mœurs lacédémoniennes qui laissent se fréquenter dans les gymnases hommes et femmes nus. Une épigramme cible ainsi la lesbienne Philaenis qui par ses pratiques sexuelles, alimentaires et physiques s’apparente pour Martial à un homme pervers et à un Grec. Là encore se mêlent son désir de plaire aux empereurs des dynasties post-néroniennes en contestant des pratiques venues de Grèce introduites par Néron et son aversion personnelle envers ces conduites, indignes selon lui d’honorables Romains.