Abstract
« Hercule gaulois », tel est le titre que l’on donne usuellement à un opuscule de Lucien dans lequel il offre une description commentée d’une représentation de la divinité observée par lui en Gaule. Cette dénomination qui remonte à la Renaissance traduit l’originalité celtique que l’auteur s’est lui-même attaché à donner à la figuration du dieu grec, mais aussi l’interprétation faite par les érudits, qui ont longtemps cru en l’existence d’un type spécifiquement gaulois. À l’appui de ce témoignage littéraire, des archéologues, par exemple, se sont employés, en vain, à mettre au jour des traces matérielles et ont été tentés d’assimiler cet Héraclès gaulois au dieu celtique Ogmios. Mais depuis le début des années 2000, c’est le doute qui a remplacé ces pistes d’interprétation. Le renouveau de l’intérêt des littéraires de ces dernières décennies pour Lucien ne peut trancher la question de l’existence de cette représentation décrite par lui, mais faire apparaître sa part de création littéraire. En portant notre regard sur les autres représentations d’Héraclès chez Lucien, un Héraclès à la mode grecque, nous mesurerons mieux les raisons d’être de ce dieu gaulois, monté de toutes pièces par l’auteur, dans une mise en scène avec effet miroir qui relève, selon nous, de la pure fiction. Lucien, en effet, aime à jouer avec la tradition et le matériau mythique pour y gagner, sous couvert d’une autorité légendaire, des motifs d’émulation et d’inspiration, des raisons de parler, mais aussi, en créant parfois la surprise, de faire parler.