Abstract
Les ambitions expansionnistes américaines reconfigurent la politique du Groenland et posent la question de la capacité de ce territoire autonome à s’insérer et survivre dans un monde qui connaît un retour saillant de la force dans les relations internationales. Le Groenland constitue un espace singulier : vaste territoire arctique insulaire, très faiblement peuplé et à très forte majorité inuite. Les études sur la capacité des petits États à s’affirmer ont montré l’importance du soft power et des alliances qui leur permettent d’être des acteurs géopolitiques à part entière sur la scène internationale en dépit de limites structurelles. Questionnant l’applicabilité de cette théorie au Groenland, qui n’est pas un État, l’article s’articule en trois temps. Il est en premier lieu montré comment la politique expansionniste du Président D. Trump, notamment son ancrage dans une théorie illibérale visant à légitimer l’appropriation territoriale, est incompatible avec le projet politique porté par le gouvernement du Groenland. Dans un deuxième temps, l’article analyse les contraintes qui pèsent sur l’accession à l’indépendance du peuple groenlandais en pointant les facteurs géographiques et historiques ; il examine notamment les conséquences de la modernisation conduite lors de la période post-coloniale. Dans un troisième temps, l’article démontre comment le Groenland continue de progresser vers l’indépendance au moyen de partenariats extérieurs que les prétentions américaines contribuent à reconfigurer. Alors même que l’agenda de l’indépendance connaît un réajustement, le Groenland cherche à acquérir de véritables fonctions régaliennes en matière de politique étrangère et de sécurité, une étape jugée indispensable à son devenir.