Abstract
Les transformations urbaines des métropoles redéfinissent les conditions de vie des populations qui y résident. Dans la région métropolitaine de Montréal, ces dynamiques sont particulièrement visibles à l’intersection de deux phénomènes démographiques majeurs : l’immigration et le vieillissement. Les changements urbains ne constituent pas un simple contexte, mais participent à la structuration des trajectoires résidentielles, des possibilités d’ancrage et de mobilité, ainsi que de l’accès aux ressources urbaines. Cet article s’inscrit dans la continuité d’une recherche appliquée (Lord et al., 2020-2024) sur les risques d’exclusion et de marginalisation des personnes âgées et examine plus spécifiquement la manière dont les changements urbains affectent les populations immigrantes vieillissantes. L’objectif est d’identifier les territoires où immigration et vieillissement se croisent et d’en analyser les dynamiques dans le cadre de recompositions territoriales plus larges. La méthodologie mobilise les recensements canadiens de 1996 à 2021 afin de produire un portrait géostatistique à l’échelle des secteurs de recensement, intégrant des indicateurs du cadre bâti et de défavorisation. Une analyse en composantes principales sert à dégager les dimensions structurantes des changements urbains, suivie d’une classification hiérarchique ascendante pour établir une typologie des milieux de vie. Des analyses de variance (ANOVA) permettent ensuite d’identifier le type de secteurs présentant des concentrations relatives plus élevées de populations immigrantes et âgées.Trois résultats principaux émergent. D’abord, la métropole montréalaise a connu des transformations marquées, notamment un déplacement de certaines caractéristiques de défavorisation et d’immigration du centre vers des espaces suburbains. Ensuite, des logiques d’ancrage métropolitain et de continuité historique contribuent à structurer une mosaïque de parcours migratoires s’étendant vers la périphérie. Enfin, les processus de requalification urbaine participent à de nouvelles recompositions socio-spatiales. Ces résultats soulignent l’intérêt d’analyser conjointement immigration, vieillissement et politiques urbaines pour mieux comprendre les inégalités territoriales contemporaines.