Abstract
En appréhendant le cinéma des premiers temps à partir du devenir narratif du film, on n’a pas vu la dimension monstrative voire exhibitionniste qui était la sienne, laquelle couplée avec la discontinuité du style amène à l’envisager comme un cinéma d’attraction. Le terme est repris à la théorie eisensteinienne élaborée pour le théâtre et étendue au cinéma qui envisageait des unités autonomes promises à un montage pour un effet donné plutôt que les maillons d’une chaîne continue. Ce refus de l’absorption diégétique au profit d’une confrontation exhibitionniste que l’avant-garde revendique (après Marinetti, Léger comme Eisenstein) retrouve ainsi la relation étonnamment hétérogène que les films d’avant 1906 entretiennent avec les films qui suivent, et la façon dont une prise en compte de cette hétérogénéité signale une conception nouvelle de l’histoire du cinéma et de la forme filmique. Car la narrativisation n’abolit pas l’attraction qui demeure une instance du cinéma jusqu’à nos jours, elle scande en un sens le régime narratif, attestant des liens que le spectacle cinématographique perpétue avec les spectacles de la culture de masse.
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