Abstract
L’image d’un peuple dans le regard d’un autre est tributaire de nombreux facteurs qui s’interpénètrent et le jugement posé sur la production cinématographique est l’un d’entre eux. Cet article envisage la perception du cinéma français en Belgique francophone, débouché aisé et important, à une époque – l’immédiat après Deuxième Guerre mondiale – où ce cinéma y subit une relative désaffection, parallèle à une crise profonde de l’image de la France dans son ensemble. Trois thèmes sont particulièrement mis en exergue par les critiques : la primauté de l’intellectualisme sur l’émotion, l’immoralité et un parti pris de pessimisme. Le cinéma français trahirait ainsi deux facettes de sa vocation, celles de révélateur social et de sain divertissement. Par contraste, le succès de Jacques Tati met en lumière l’attente des critiques wallons et bruxellois : pour eux, le véritable cinéma français est celui qui s’exprime dans des comédies familiales exaltant les plaisirs simples et provinciaux, bref celui qui donne à voir une France éternelle, idéale, intemporelle que l’on peine à retrouver dans les difficultés de l’heure.
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