Abstract
Dans l’Union soviétique des années 1920, l’étude du spectateur et de la réception des films connaît un développement sans précédent, à l’image d’initiatives similaires dans le domaine théâtral : on cherche à la fois à comprendre les goûts du spectateur et à influer sur sa perception des images filmiques. La sortie, en mars 1928, du film Octobre d’Eisenstein commémorant la Révolution de 1917 est l’occasion rêvée pour mener une grande enquête : il s’agit de dresser un bilan idéologique et commercial d’une décennie de cinéma soviétique, tout en dessinant le profil sociologique et politique de ces spectateurs venus se souvenir de l’événement historique fondateur du nouveau régime. Or ce public moscovite est très particulier : jeune, très majoritairement masculin et pour moitié communiste, il répond volontiers au questionnaire proposé par l’ODSK, dont l’enjeu dépasse le seul film d’Eisenstein. Par ce véritable acte politique, le spectateur d’Octobre participe directement à la reprise en main esthétique et idéologique du secteur cinématographique par le parti bolchevik.
Open public full textRights: ALLOWED · cc-by-sa · Source: journal-auto-sync:CROSSREF_ISSN