Abstract
L’irruption du « Movimiento Al Socialismo » au premier plan de la vie politique bolivienne en juin 2002 est le fruit de la transformation progressive d’un mouvement social passé de la promotion d’intérêts purement sectoriels – la défense des producteurs de coca – à une logique d’expression privilégiée de la volonté populaire : le gain de représentativité du MAS a forcé l'élargissement de ses slogans mobilisateurs. Son leader, l'ancien syndicaliste Evo Morales, se présente comme le détenteur d’une souveraineté qu’il prétend restituer au peuple afin que celui-ci retrouve une parole que lui auraient confisquée les élites qui se partagent le pouvoir depuis la transition démocratique. Ce discours contestataire anti-impérialiste porte en lui la restructuration symbolique d'un échiquier partisan d'où sont exclus les partis traditionnels, rejetés hors du champ légitime de la nation réelle. Ainsi, entre respect de la diversité culturelle bolivienne et défense d'un peuple perçu comme une entité opaque et homogène, le MAS est aujourd'hui à un point d'incertitude entre repli populiste et renouvellement du jeu pluraliste au profit des institutions démocratiques.