Abstract
L’institutionnalisation de la pratique de l’alpinisme sous la forme de clubs est un processus à part entière de l’histoire culturelle des pays. Elle s’est faite dans le cadre de conflits idéologiques, notamment le nationalisme, ce que le club alpin austro-allemand illustre parfaitement. En effet lors de sa création, le club alpin est de fait placé dans un contexte de choix entre une organisation de type « petite Allemagne » ou « grande Allemagne », et le choix effectué, à savoir un club alpin austro-allemand, donc représentatif d’une pensée grande Allemagne, est revendiqué par les fondateurs comme un acte fondamental non politique mais représentatif d’une spécificité culturelle. Après la Première Guerre mondiale le club s’engage pour l’abrogation du traité de Versailles, prône la revanche et le retour des territoires du Tyrol du sud au sein d’une communauté germanophone et laisse les éléments les plus extrêmes (völkisch) pratiquer l’aryanisation du club. Enfin le club a largement cautionné une politique colonialiste qui transformait les alpinistes en explorateurs privilégiés de terres nouvelles et en porte-drapeaux de la germanité.