Abstract
Cet article propose une approche de quelques archétypes qui, jusqu’en Europe, ont contribué à construire une image un peu théâtrale et parfois floue de l’Argentin. Une image littéraire avant tout, mais paradoxalement, souvent proche de la réalité socioculturelle car l’identité du romancier latino-américain est souvent liée à un profond engagement qui se traduit par la description et l’analyse – philosophique, politique, historique, sociologique… - du réel. C’est en étudiant le portrait que les intellectuels du XIXème siècle dressent du gaucho, personnage emblématiquement fort mais aussi victime de toutes les manipulations idéologiques, que l’on voit comment l’identité argentine a été forgée autour d’une dichotomie civilisation-barbarie dont le mythe semble encore vivant dans l’Argentine d’aujourd’hui. L’article aborde ensuite le thème de l’immigration, facteur essentiel de la mutation de cette société et de son entrée dans le XXème siècle. Le portrait de l’Argentin de classe moyenne (groupe social qui distingue particulièrement l’Argentine du reste de l’Amérique latine) est ensuite dessiné plus en détail, mais à travers le miroir à la fois déformant et grossissant de l’écrivain Manuel Puig. Il est indéniable que l’imaginaire modèle la réalité. La littérature est certes un miroir déformant et contradictoire de la réalité mais elle appartient aussi à cette réalité.