Abstract
Si l’on observe aujourd’hui, avec un regard d’historien, le Cône Sud à la fin des années soixante soixante-dix et que par, la suite, on tourne une page de quelques années, pour fixer la même partie du monde, le constat est sans appel : le sous-continent latino-américain est passé, en général, d’une phase de forte mobilisation et politisation sociale, montée en puissance de partis et organisations révolutionnaires, surgissements de gouvernements populistes de gauche ou progressistes – appelant à une rupture avec l’impérialisme –, à un reflux généralisé du mouvement ouvrier, une ère de violence politique étatisée, la destruction massive de tous les espaces d’expression et de participation démocratiques, l’écrasement physique et idéologique sans relâche des militants et mouvements révolutionnaires, la mise en place de modèles économiques capitalistes dirigistes puis/ou néolibéraux. Que s’est-il passé ? Quel fil conducteur a été rompu et par quels moyens l’Amérique Latine a été conduite à ce reflux des luttes sociales ? Pour répondre à cette question, nous nous contenterons dans cet article de focaliser notre objectif sur un aspect spécifique et essentiel de ce retournement de tendance que vit alors l’Amérique Latine : celui de la mise en place d’un terrorisme d’Etat contre-révolutionnaire transnational, appuyé par l’impérialisme américain, nommé « l’Opération Condor ». Dans cet article, il s’agit de montrer le fonctionnement d’un terrorisme hégémonique dont l’impact sur les sociétés latino-américaines est considérable en termes de destruction du mouvement social, des activités culturelles et de l’ensemble de la vie sociale et politique qui restent marquées, encore aujourd’hui à des degrés divers, par la violence, la peur et l’atomisation structurelle.