Abstract
Si le nom de Manouchian, immortalisé par l’Affiche rouge, résonne bien au delà de la communauté arménienne, rares sont ceux parmi les Arméniens à connaître son parcours et celui de ses camarades dans la France de l’entre-deux-guerres. Dans un ouvrage récent sur les Arméniens de Vienne (dans l’Isère), Anahide Ter Minassian affirme que « dans le milieu ouvrier viennois […], les communistes arméniens ont été influents avant, pendant, et après la Seconde Guerre mondiale »1. Comment expliquer alors que parmi les travaux sur les Arméniens en France, aucun ne s’appesantit sur eux ? Il semblerait en effet que la communauté arménienne ait souvent été envisagée comme un tout homogène ne portant pas de dissensions politiques ou sociales. Les Arméniens eux-mêmes, soucieux de ne pas raviver les querelles d’hier, et cherchant à offrir un interlocuteur unique aux élus de la République, ont cédé au « mythe de l’unité ». Mais ne serait-on pas tenté de voir, dans cet oubli du rôle des communistes, le sort réservé au groupe des « vaincus », eux qui pendant des décennies s’étaient montrés hostiles à l’idée d’une Arménie indépendante ?