Abstract
L’émergence de « l’immigration » dans l’espace public français pose la question essentielle des malentendus entre histoire et mémoire et souligne la nécessité d’une révision critique du grand récit national. Le lien entre mémoire collective et mémoire nationale est remis en cause par ces débordements qui font que d’autres récits confinés jusqu’alors au registre de mémoires clandestines trouvent place sur la scène médiatique et culturelle. A l’heure où une Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration ouvre ses portes, cet article interroge l’héritage de l’immigration comme expérience vécue. Il tente de mettre en perspectives les conditions de reconnaissance d’une mémoire politique des luttes des oubliés de l’histoire favorisant une remise en cause des anciennes hiérarchies dans l’écriture de l’histoire. Mais il souligne aussi les travers possibles d’une patrimonialisation de l’immigration qui, loin d’une reconnaissance effective, pourrait participer d’une instrumentalisation publique de la mémoire.