Abstract
Sollicitant une intense activité lectorale, Le crime d’Olga Arbélina d’Andreï Makine repose sur un dispositif textuel complexe qui programme efficacement le désir de son lecteur par un ensemble de procédés convergents. Ces procédés programmatifs sont de deux sortes. En premier lieu, le titre de l’œuvre essaimé plus ou moins fidèlement dans le texte, métaphorisé, voire invalidé, convie le lecteur à une enquête dans une œuvre qui s’apparente à un roman policier. D’autre part, la représentation du désir du personnage-titre, Olga, préfigure celui du lecteur et lui désigne l’attitude à adopter, tout en entretenant l’illusion que le personnage est constamment en retard sur ses attentes. Le parcours de ce dernier balise celui du lecteur qui a pourtant l’impression que le comportement du personnage reflète, en différé, le sien. C’est moins une mise en abyme du désir métadiégétique du lecteur qu’un dispositif destiné à le susciter. La représentation du désir intradiégétique est, en effet, programmative plutôt que reproductrice. Le jeu dialectique qu’élabore le roman fait se croiser les désirs de l’auteur, du lecteur et des personnages : l’auteur inscrit le désir du lecteur dans la fabula par le truchement d’un personnage dont les pensées et les réactions représentent et déterminent celles du lecteur.