Abstract
Barbey d’Aurevilly, qui se place sous la tutelle de Joseph de Maistre, déploie paradoxalement dans sa production romanesque toutes les nuances du thème sulfureux du plaisir de la transgression. Pontmartin stigmatise ce décalage entre la morale et le récit en reprochant à Jules Barbey d’Aurevilly de penser comme Joseph de Maistre et d’écrire comme le Marquis de Sade. Le Cachet d’Onyx, première nouvelle de Jules Barbey d’Aurevilly, écrite en 1831, est effectivement représentative de l’inscription ambivalente de la morale dans la fiction. Cette nouvelle établit des stratégies d’écriture retorses par le truchement de l’emboîtement des récits. Elle définit tout d’abord, dans le récit-cadre, une axiologie proche de ce que son auteur identifie comme une doxa, pour en révéler l’absence de fondement. La métadiégèse présente un système de valeurs inverse. Cette dissonance semble avoir pour fonction de remplacer un système évaluatif par un autre qui lui est concurrent. Or, la polyphonie des indications de lecture fournies par le narrateur, l’intertexte et le texte s’entrechoquent sans livrer de solution satisfaisante. Implicitement, c’est l’éviction de toute axiologie stable que vise la stratégie narrative du Cachet d’onyx.