Abstract
Objectif : La prolifération des groupes armés dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC) est souvent expliquée séparément par la faiblesse de l'Etat, les incitations économiques, les conflits fonciers ou les mobilisations identitaires. Cet article propose une lecture processuelle qui relie ces dimensions au lieu de les traiter comme des causes indépendantes.
Méthodologie : A partir d'une étude qualitative menée dans les territoires d'Uvira, Fizi et Mwenga, nous analysons 45 entretiens semi-directifs, une analyse documentaire et trois ateliers de cartographie participative réalisés en 2025. L'analyse est organisée autour d'un mécanisme cumulatif en cinq étapes : vide sécuritaire, institutionnalisation sélective de la violence, compétition factionnelle, légitimation politique et auto entretien par les économies de guerre. Deux trajectoires factionnelles sont reconstituées par traçage de processus afin de démontrer empiriquement le cycle.
Résultats : Les données suggèrent que les motivations de mobilisation ne peuvent être réduites ni à la « grievance » ni à la « greed » : les vulnérabilités socio-économiques alimentent le recrutement, tandis que les ressources, les réseaux politiques et les dispositifs d'intégration peuvent accroître la capacité des groupes à persister. L'inventaire de terrain recense 117 entités ou factions armées en mars 2025 dans les trois territoires ; ce chiffre est traité comme un indicateur d'inventaire local, et non comme un dénombrement exhaustif.
Contribution originale à la théorie, à la pratique et aux politiques (Recommandations) : La contribution principale est de montrer comment des dispositifs conçus pour réduire la violence peuvent, lorsqu'ils produisent une reconnaissance sélective et des incitations asymétriques, contribuer à la fragmentation organisationnelle. L'article propose un modèle de « cycle auto-renforçant de fragmentation et de légitimation », dont les conditions de rupture sont identifiées par raisonnement contrefactuel.