Abstract
Cet article réévalue la portée des mécanismes STABEX et SYSMIN dans les relations entre la Communauté économique européenne et les États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, en prenant le Zaïre/République démocratique du Congo (RDC) comme étude de cas. L’analyse corrige une confusion fréquente : le STABEX n’avait pas pour objet de fixer les cours mondiaux, mais de compenser une partie des pertes de recettes d’exportation de produits agricoles, tandis que le SYSMIN soutenait la restauration des capacités de production et d’exportation minières. Une démarche qualitative, comparative et diachronique confronte deux lectures d’économie politique souverainiste/structuraliste et libérale/pragmatique à un corpus documentaire portant notamment sur le café et la Gécamines. Les résultats montrent que les mécanismes de Lomé ont procuré un amortissement financier et productif réel mais limité, sans supprimer la vulnérabilité structurelle liée à la dépendance aux matières premières ni les contraintes de gouvernance interne. L’article examine ensuite la reconfiguration contemporaine des relations extérieures de la RDC : Accord de Samoa, partenariat UE–RDC sur les chaînes de valeur des matières premières, Corridor de Lobito, coopération RDC–États-Unis, présence d’investisseurs chinois et politique congolaise de quotas d’exportation du cobalt. La comparaison suggère un déplacement progressif d’une logique compensatoire vers une logique de négociation des chaînes de valeur, de transformation locale et de diversification des partenaires. Cette évolution accroît la marge de négociation de la RDC, sans garantir à elle seule une transformation structurelle. Celle-ci dépend de la gouvernance, des infrastructures, de l’énergie, des capacités industrielles, de la transparence contractuelle et de la cohérence des politiques publiques.