Abstract
RÉSUMÉIntroduction. Les nécrolyses épidermiques toxiques (NET) sont des toxidermies graves, le plus souvent médicamenteuses, dont l'atteinte oculaire expose à la cécité. En Afrique subsaharienne, les données restent limitées. Cette étude visait à décrire les caractéristiques épidémiologiques, cliniques et étiologiques des NET avec atteinte oculo‑annexielle au CHU de Bouaké (Côte d'Ivoire). Méthode. Étude rétrospective descriptive réalisée de janvier 2022 à décembre 2024. Tous les dossiers complets de patients hospitalisés pour NET ont été inclus. Les données sociodémographiques, cliniques, oculaires (classées selon Power), étiologiques et évolutives ont été extraites et analysées avec Epi Info 7.2.6.0. Résultats. Sur 179 hospitalisations, 35 NET ont été enregistrées (prévalence 19,6 %), dont 10 avec atteinte oculo‑annexielle (28,6 %). L'âge moyen était de 24,4 ans (extrêmes 5‑74), sans prédominance de sexe ; 60 % étaient élèves/étudiants. Aucun antécédent de toxidermie n'était rapporté dans 90 % des cas ; l'atopie et l'épilepsie représentaient 20 % des comorbidités chacun. Le délai moyen d'apparition après prise médicamenteuse était de 14,7 jours. Les syndromes de Stevens‑Johnson et de Lyell étaient également représentés (50 % chacun), avec une surface cutanée décollée moyenne de 27,7 %. Les atteintes oculaires étaient dominées par les conjonctivites (60 %), suivies des ulcérations palpébrales (20 %) et des synéchies (10 %) ; elles étaient mineures dans 80 % des cas et modérées dans 10 % (Power). Le VIH (testé chez 30 %) était négatif. Un médicament incriminé a été identifié dans 60 % des cas (dont 70 % prescrits, 30 % automédication) ; le phénobarbital (33,4 %) et le métamizole (16,7 %) étaient les plus fréquents. La durée moyenne d'hospitalisation était de 10 jours. L'évolution a été marquée par une guérison sans séquelle (10 %), avec séquelles (60 %, pigmentation résiduelle dans 83,3 %) et décès (30 %). Conclusion. Les atteintes oculo‑annexielles des NET sont fréquentes à Bouaké, majoritairement minimes mais associées à une mortalité élevée. Le phénobarbital et l'automédication constituent des cibles prioritaires. Un examen ophtalmologique systématique précoce est essentiel.ABSTRACTIntroduction. Toxic epidermal necrolysis (TEN) and Stevens‑Johnson syndrome (SJS) are severe, mostly drug‑induced mucocutaneous reactions, with ocular involvement threatening sight. Sub‑Saharan African data remain limited. This study described the epidemiological, clinical and etiological profile of SJS/TEN with oculo‑adnexal involvement at Bouaké University Hospital, Côte d'Ivoire. Methods. We conducted a retrospective descriptive study (Jan 2022‑Dec 2024) including all complete records of patients hospitalized for SJS/TEN. Sociodemographic, clinical, ocular (graded per Power), etiological and outcome data were extracted and analyzed using Epi Info 7.2.6.0. Results. Among 179 hospitalizations, 35 SJS/TEN cases (prevalence 19.6%) and 10 oculo‑adnexal involvements (28.6%) were recorded. Mean age was 24.4 years (range 5‑74) with no sex predominance; 60% were students. No prior toxicoderma episode was noted in 90%; atopy and epilepsy were the main comorbidities (20% each). Mean onset delay was 14.7 days. SJS and TEN were equally distributed (50% each), with a mean detached skin area of 27.7%. Ocular lesions were predominantly conjunctivitis (60%), followed by palpebral ulcerations (20%) and synechiae (10%); 80% were mild and 10% moderate (Power). HIV tested in 30% was negative. A culprit drug was identified in 60% (70% prescribed, 30% self‑medication); phenobarbital (33.4%) and metamizole (16.7%) were the most frequent. Mean hospital stay was 10 days. Outcomes were full recovery (10%), recovery with sequelae (60%, residual pigmentation in 83.3%), and death (30%). Conclusion. Oculo‑adnexal involvement in SJS/TEN is frequent in Bouaké, mostly mild but carries high mortality. Phenobarbital and self‑medication are key prevention targets. Early systematic ophthalmological evaluation is essential.